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Forêt française – Comment la sauvegarder

foret française- comment bien la gérer

Pour la journée internationale de la forêt, le 21 mars, voici une note sur les forêts françaises.

Quand on évoque la forêt en danger, on pense immédiatement à la forêt amazonienne au Brésil. Et pourtant, nos forêts françaises sont elles-aussi en difficulté.

Les problématiques liées aux forêts françaises sont moins sensationnalistes. Elles sont, aussi, moins connues du grand public. Néanmoins, cela vaut le coup de regarder le sujet de plus près.

Tout d’abord, la forêt rend des services environnementaux et sociétaux indispensables.

La forêt est tout à la fois :

  • Un lieu de loisirs, de ressourcement et de tourisme.
  • Un refuge et un réservoir de la biodiversité.
  • Un espace de captation de carbone. Les arbres captent du carbone pour pousser et l’enlèvent ainsi de l’atmosphère.
  • Un lieu de production de bois d’énergie. On se chauffe de plus en plus au bois pour éviter le fioul et le gaz !
  • Un lieu de production de bois d’œuvre. Le bois est une bonne alternative aux objets en plastique.

Le soucis actuel est que ces missions, toutes essentielles, entrent en concurrence l’une contre l’autre.

Production versus Protection : Les demandes contradictoires compliquent la bonne gestion de la forêt.

L’hyper-productivité demandée à nos forêts complique sa bonne gestion.
Pour plus de rentabilité économique, une partie des forêts françaises est cultivée en monoculture et n’est plus qu’ un “champs de résineux”, sapin Douglas, ou épicéas.

Ceux-ci poussent vite et droit. On gagne en rapidité et en facilité à les couper, et à les débiter. Ils sont donc souvent préférés. Les scieries les ont valorisées et c’est ainsi la filière bois s’est trop spécialisée. Aujourd’hui, la majorité des scieries françaises ne sont plus équipées pour débiter autre chose que du sapin. La filière n’a plus suffisamment de machines industrielles pour débiter d’autres types de bois. Le bois de feuillus est d’ailleurs envoyé parfois en Asie par manque de preneurs en France ! Cela pousse d’autant plus à la culture de sapin.

Malheureusement, dans un “champs d’arbres” on perd énormément en biodiversité végétale et animale. On y perd aussi en captation de CO2. Un champs de résineux capte moins de carbone qu’une forêt diverse composée majoritairement de feuillus. Par ailleurs, la monoculture de résineux fragilise l’écosystème forestier, plus propice aux maladies et aux aléas climatiques – sécheresses, tempêtes – qui vont être de plus en plus nombreux du fait du réchauffement climatique. De nombreux arbres meurent prématurément du fait de la sécheresse et de maladies favorisées par l’augmentation des températures. Et les scolytes qui ravagent les épicéas obligent à des coupes sanitaires obligatoires.

Ces monocultures ont un objectif de production de bois d’énergie mais elles sont moins résistantes et elles ne prennent pas en compte les autres fonctions de la forêt.

Mais le sujet n’est pas simple car cette rentabilité est nécessaire pour suivre l’augmentation de la demande en bois de chauffage.

Et celle-ci augmente car c’est une alternative aux énergies fossiles que sont le pétrole, le gaz et le charbon. L’ADEME prévoit une augmentation de la part bois dans le chauffage des français dans les années à venir. Ne pas avoir des forêts rentables, c’est importer des pellets de bois de l’étranger. Et les forêts étrangères ne sont pas mieux gérées que les nôtres. Etre auto-suffisant en bois est un enjeu majeur de la transition énergétique.

Cela pousse aussi à des coupes rases, qui ne sont pas rare en France.

Une coupe rase c’est l’abattage de la totalité des arbres d’une parcelle. En défrichant totalement, on perd toute biodiversité. On enlève tout pour replanter des arbres du même âge, à même distance les uns des autres, dans le même esprit qu’une monoculture agricole.

Par ailleurs, les engins utilisés pour les coupes rases tassent les sols. Dès les premiers passages en conditions d’humidité défavorables, le tassement modifie l’intégrité physique des sols et réduit leur fertilité. Et 50 à 100 ans sont nécessaires pour qu’un sol tassé retrouve les conditions favorables à la croissance du peuplement.

Plusieurs solutions se présentent pour la filière forestière.
Au niveau sylvicole, plusieurs actions peuvent être mises en place.

La convention citoyenne pour le climat a proposé l’interdiction de coupes rases. Malheureusement, le gouvernement n’a pas repris la proposition (ainsi que toutes celles sur la forêt) dans le projet de loi climat.

L’ADEME préconise aussi la préservation de la structure et la fertilité des sols, de leur aération et de leur humidité. « Si le maintien d’une bonne vie des sols est une préoccupation locale pour la pérennité des peuplements forestiers, il s’agit également d’un enjeu global pour limiter le réchauffement climatique. En effet, la baisse de la fertilité des sols affecte la croissance des arbres et donc leur capacité à stocker du carbone atmosphérique et à réduire les gaz à effet de serre. De plus, l’export de matière organique via les prélèvements de petits bois et feuillages ou souches réduit les stocks de carbone séquestrés dans les sols et dans le bois mort. » Laurent Augosto, chef adjoint du département Écologie des forêts à l’Institut national de la recherche agronomique et de l’environnement.

Nous avons aussi besoin de forestiers compétents et plus nombreux pour gérer des forêts diverses. La forêt doit être un lieu de promenade, résistant aux aléas climatiques et efficaces en production de bois. C’est pour cela qu’il faut soutenir l‘ONF plutôt que chercher à le privatiser. Les intervenants forestiers ont un rôle clé à jouer pour concilier ces différents enjeux économiques, patrimoniaux et sociaux avec la préservation de la qualité des écosystèmes.

Au niveau industriel, nous avons besoin de plus de scieries artisanales.

Nos politiques publiques doivent soutenir les scieries qui s’approvisionnent en bois local et savent gérer les résineux et les feuillus.

Au niveau national, nous avons besoin de protéger nos forêts et lutter contre l’artificialisation des sols.

Il ne devrait plus être possible de raser des forêts en France. Nous avons déjà tellement d’enjeux forestiers pour la production de bois et la captation de carbone, que nous ne devrions pas pouvoir réduire sa superficie. Car même si une plantation ailleurs compense la forêt rasée, la nouvelle plantation n’est jamais aussi efficace. En plus, les nouvelles plantations empiètent sur des champs agricoles.

Nous devons donc interdire l’artificialisation des terrains agricoles et forestiers. Là encore, c’est une proposition de la Convention Citoyenne pour le Climat. C’est ce qui a été demandée à la municipalité de Saverne pour éviter l’artificialisation de 34 hectares de forêt dans le cadre de l’agrandissement d’une entreprise locale.

Quelques sources : le reportage Sur le Front de France 5, l’article de Reporterre, sur le plan régionale pour les forêts et les documents de l‘ONF, et de l’ADEME, la convention citoyenne pour le climat.

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