Ma rencontre avec la star du Zéro Déchet, Béa Johnson !


Samedi dernier, j’ai eu l’occasion d’interviewer Béa Johnson, la gourou du mouvement Zéro Déchet, lors de son passage à Strasbourg.

Invitée par la Biocoop de Strasbourg pour une séance de dédicace et une conférence à l’occasion de la sortie de son livre en poche, Béa Johnson m’a très gentiment consacré un peu de temps pour répondre à mes questions Zéro Déchet !

Voici son avis éclairé sur Noël, la sobriété heureuse, les freins au changement et sa réponse aux critiques qu’on entend parfois sur le mode de vie zéro déchet.

Comment réussir un noël écologique et festif ?

En pleine période de l’avent, nous avons tout de suite abordé le thème de Noël. J’ai collecté les réponses dans un article à part, sur rue89 Strasbourg, disponible au lien suivant :  http://www.rue89strasbourg.com/index.php/2015/12/06/blogs/experimentez-un-noel-ecologique-et-festif/

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Cadeaux d’expériences, bons pour des moments ensemble, achats d’occasion, ou d’artisans et start-up française… Une belle palette de cadeaux y est recensée !

 

Même si le mouvement du Zéro Déchet s’intensifie, encore peu de français tentent de vivre ainsi. Quel est, selon vous, le plus gros frein au changement ?

Le mode de vie Zéro Déchet est associé avec tout un tas d’apriori. Ma vocation est justement de les casser.

Tout d’abord, les gens pensent que ce mode de vie prend plus de temps. Alors que c’est l’inverse ! Au début, il faut certes un peu de temps pour trouver les commerçants autour de chez soi et modifier ses habitudes de consommation, mais ensuite c’est un vrai gain de temps toutes les semaines. On sait exactement quoi acheter à quel endroit et on ne passe pas des heures dans les rayons à faire ses courses. Consommer de manière « traditionnelle » est une activité qui prend beaucoup de temps !

Il y a ensuite ceux qui pensent que le Zéro Déchet c’est compliqué. C’est faux ! Ce mode de vie est bien plus simple, la simplicité volontaire ne complique pas la vie ! Elle fait place à l’essentiel ! La vie ainsi basée, non plus sur les biens matériels, mais sur les expériences, sur l’être et non l’avoir, est bien plus simple à vivre.

En complément à la réponse de Béa Johnson, j’ajouterais qu’un gros frein que je vois, c’est que les gens n’osent pas demander aux commerçants de changer leurs habitudes. Venir avec son sac à pain à la rigueur c’est gérable, mais proposer un tupperware à son boucher avec le risque élevé d’entendre un refus de sa part est plus difficile à oser.

Pour passer ce frein, une solution est de considérer cette demande comme un jeu, une expérience. Etre toujours armé de son sourire, et accepter le refus sans le prendre pour soi si ça ne fonctionne pas ! Enfin, il peut être agréable d’être accompagné les premières fois pour se motiver à plusieurs et donner plus de poids à cette demande particulière.

Par ailleurs, l’association zéro déchet Strasbourg a mis en place une vignette pour les commerçants qui acceptent et même encouragent les contenants personnels réutilisables « Ici on accepte vos tupperwares, sacs, bocaux ».

On lit votre livre, on est gonflé à bloc pour changer de mode de vie, puis au supermarché on ne trouve que des produits sur-emballées que tout le monde achète sans y prêter attention. N’êtes-vous pas démoralisée devant tout ce qu’il reste encore à faire ?

« Je ne suis pas du tout déprimée. Quand on se lance dans l’aventure Zéro Déchet, on voit les déchets partout, les nôtres mais aussi ceux des autres. et on se dit : « pourquoi utilisent-ils encore un sac en plastique ou un gobelet jetable ?» Mais quand on pousse le zéro déchet chez soi, on trouve une sorte de paix intérieur et on ne juge plus les autres. Après tout, c’était moi il n’y a pas si longtemps. Peut-être qu’un jour ils auront le déclic. Je n’ai aucun droit de les juger. Et puis, qui suis-je pour les obliger à quoi que ce soit ?

Et je sais que le monde change, je reçois plein de messages positifs tous les jours : d’entrepreneurs qui ont été inspirés et ont ouverts des magasins de vrac, ou de personnes chez qui l’appel à l’engagement dont je parle à la fin du livre a fait écho et qui ont changé leur mode de vie. Depuis 2007, le mouvement prend une ampleur extraordinaire. Alors je reste positive ! »

De mon côté, je trouve qu’il est parfois difficile de rester optimiste et de ne pas sombrer dans le « à quoi bon » ! Mais c’est une décision à prendre, une ligne à ne pas franchir. J’ai décidé d’être optimiste, de croire en l’Homme et en la planète. Je me sens naïve parfois mais je préfère la naïveté à la dépression, car la première me fait agir, alors que la seconde me pousse à me recroqueviller sur moi-même !

Consommer moins, ça veut dire moins de ventes pour nos entreprises et encore plus de chômage. Que répondez-vous à cette critique souvent faite au mode de vie plus sobre ?

« Parce que l’économie basée sur la surconsommation ne crée pas de chômage peut-être ??!! Je ne crois pas du tout à cette affirmation.

Plein d’alternatives n’attendent que d’être créées et renforcées autour du Zéro Déchet : magasins de vrac, et équipements pour ces magasins, industrie du recyclage et du compost… Ce sont des secteurs créateurs d’emplois, une vraie opportunité !

Par exemple, il n’existe pas de grands contenants tubes en verre pour présenter les produits en vrac dans les magasins, ils sont tous en plastique. Ce n’est pas logique !

Par ailleurs, je trouve qu’il y a un vrai manque dans la présentation et le tri des produits d’occasion, vêtements, électroménagers, meubles etc. Je rêve des galeries Lafayette de l’occasion ! Dans l’ensemble, les gens pensent que le seconde main est moins beau et de moins bonne qualité. Cela casserait plus facilement cet apriori.

Avis aux entrepreneurs en manque d’idées !! »

Je ne peux que confirmer les propose de Béa Johnson puisque j’ai créé mon emploi dans ce domaine avec Ozetik !

Et à ceux qui soutiennent que la simplicité volontaire est triste, parce qu’on ne peut pas consommer ce qu’on veut ni se faire plaisir, vous répondez quoi ?

« Avoir moins ça ne veut pas dire avoir moins d’options ! On choisit mieux c’est tout !

Pour la garde-robe par exemple, je fais des achats de vêtements d’occasion tous les six mois, au changement de saison. Pour ne pas être frustrée de ce qu’on a, il suffit d’avoir des vêtements multi fonctionnels dans sa penderie.

Et puis une fois « désintoxiqué » d’un marketing qui cherche à vous donner envie à tout prix, et qui vous met la pression pour acheter ceci ou cela, via les vitrines et les magazines féminins, on n’a plus envie de consommer autant. On se sent suffisamment heureux avec ce qu’on a.

Enfin je ne suis pas tentée, car c’est grâce a une vie simple et minimaliste qu’on a pu vivre de superbes expériences. Du fait que nos gardes robes rentrent dans nos valises et que la maison est très simple, on peut louer la maison très facilement à des particuliers, et la location nous paie nos vacances. Avoir moins nous rend beaucoup plus libres! »

Une très belle leçon de vie !

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Sac pour le vrac dédicacé par Béa Johnson

photo B. Johnson

Souvenir de ma rencontre avec Béa Johnson

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